Sports Jauges : qui va payer ?

Sports Jauges : qui va payer ?

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Pendant que se poursuit la guerre de positions entre la représentation nationale (assemblée et sénat) et le gouvernement autour de la délicate estimation de la proportionnalité des jauges, l’État vient de réactiver certains dispositifs pour secourir les sports pros menacés économiquement par cette mesure. Voilà de quoi rajouter une dose de scepticisme devant le choix de vider les tribunes, une option dont rien ne prouve la nécessité ou l’efficacité, surtout si c’est le contribuable qui se retrouve à soulager le moral et les finances des clubs de L1 ou L2.





Jauges : qui va payer ?

Réunis à Bercy lundi dernier, les principaux ministères concernés et autres acteurs du sport professionnel ont discuté de la meilleure manière de surpasser l’actuelle crise. Celle évidemment induite par les jauges et les pertes de revenus annexes (vente de boissons, etc.). Si le foot n’est ni le seul ni le plus touché, au regard du poids relatif que pèse la billetterie dans ses comptes, il n’en est pas moins demandeur. Après la Bérézina de Mediapro, que la LFP imputa en partie, sans honte, devant la commission d’enquête parlementaire aux pouvoirs publics, l’ensemble des pensionnaires de L1 et L2 sont il est vrai sur les nerfs. Ils ont certes été plus qu’aidés durant les diverses périodes de confinement, couvre-feu, restrictions, arrêt des compétitions, bien davantage que l’ensemble du foot amateur. Pourtant, l’annonce des jauges a de nouveau fait couler des larmes de crocodile sur les joues d’Aulas ou de Labrune. Pour les rassurer donc, le ministère de l’Économie a annoncé le retour de deux dispositifs spécifiques : « L’activité partielle sans reste à charge pour les structures confrontées aux limitations de jauges et à l’interdiction de boissons et de nourritures dans les ERP (établissements recevant du public), et celles qui perdent plus de 65% de chiffre d’affaires. » En outre, un fonds de soutien comblant jusqu’à 90 % de la perte d’exploitation couvrira les mois de décembre et janvier pour les clubs qui auraient perdu au-dessus de 50% de leur chiffre d’affaires. Par ailleurs, des exonérations de cotisations sociales seraient à l’étude. Surtout, Bruno Le Maire a annoncé que les entreprises et clubs en grande difficulté pourraient bénéficier d’un délai de dix ans, au lieu de six, pour rembourser le PGE (prêt garanti par l’État) contracté. Essayez d’en faire autant avec votre banque…

Sports Vases communicants ?



On peut effectivement trouver normal que l’État soutienne ce secteur singulier, comme il l’a fait, à géométrie variable, pour d’autres. Ce qui interroge reste que pour le coup, ces aides sont la conséquence de décisions qui sont loin d’être généralisées et surtout ne font guère l’unanimité. En matière de santé publique, nous traversons une période où le sentiment dominant n’est plus le sentiment d’urgence, mais l’impression d’un État dépassé et improvisant sans cesse face à une pandémie qui a deux ans d’ancienneté. Comment expliquer l’idée d’imposer les jauges quand on laisse les écoles ouvertes coûte que coûte, sans donner les moyens aux établissements d’accueillir comme il se doit et en toute sécurité les élèves (pas d’épurateur d’air, ni de masques adéquats distribués, y compris aux profs). Comment justifier des jauges, donc compensées par les sous du contribuable, quand hôpitaux et écoles manquent cruellement d’argent pour affronter le grand méchant Omicron ?

Voilà en outre un cadeau qui renvoie l’image d’un football qui exige finalement de maintenir son train de vie quoi qu’il se passe, quand le reste de la société, comme en témoigne la grève extrêmement suivie des enseignants cette semaine, est sous tension et à bout de nerfs. Si la sobriété n’est pas la vertu la plus recherchée dans le foot pro, en temps de crise, elle peut s’avérer nécessaire, ne serait-ce qu’en matière d’exemplarité ou de solidarité. À cette occasion, l’argent public ne se révèle-t-il pas finalement autant une faute de l’État qu’un manque de civisme des clubs pros ?

Par Nicolas Kssis-Martov



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